Le carnaval sous toutes ses formes : une fête ancestrale et traditionnelle encrée dans les cultures qui a subit des évolutions
Le Carnaval, période de fête avant le Carême, a pour fonction de faire oublier les privations de l'hiver et d'annoncer le retour du printemps. Ce changement de saison, cette transformation de la nature est symbolisée par un autre changement, une autre transformation : les gens oublient leur conditioin en se travestissant et en jouant un autre rôle social. Les origines d'un tel comportement sont très lointaines et datent de plusieurs millénaires : les auteurs racontent qu'à Babylone, il y a 2000 ans avant Jésus-Christ, on observait déjà les rites du Carnaval, les servantes devenaient les maîtresses, les maîtresses obéissaient pour un jour à leurs esclaves, un homme du peuple prenait la place du roi qui, lui, était traité comme un mendiant. Chaque civilisation a donné lieu à des manifestations qui lui sont propres, mais on y retrouve toujours cette idée de boulversement des rôles et des status sociaux.
Le Carnaval dans la Caraïbe
Retraçons cette magnifique histoire
"Diversité dans les styles, diversité dans les musiques, diversité dans les espaces d'implantation. Cette diversité n'empêche pas le développement progressif d'une crise qui va le frapper de plein fouet.
il faut toute la volonté d'un petit nombre pour le voir se redévelopper, ceci dans des formes nouvelles qui, si elles traduisent une volonté de se « ressourcer » n'en posent pas moins de nombreux problèmes qui méritent que l'on y prête attention » [« VIE & MORT DE VAVAL» , Louis COLLOMB, Michèle MONTANTIN et Eric NABAJOTH dès son origine, 1991] En regardant de près les manifestations, il est possible de faire la distinction entre les « Mass » tels que les décrit Louis COLLOMB (membre du groupement pour le Développement du Carnaval et des fêtes (GDCF) depuis 1975, Président en 1984, instigateur de sa transformation (1989) en Fédération Guadeloupéenne du Carnaval (GDCF-FGC), président de l'association CHICO- REY (1990) et les « déguisements » qui seraient une représentation plus stylisée du carnaval. Contrairement à ce que le sens commun semble retenir du carnaval, ces formes ont cohabité dès le départ, entretenant des rapports contradictoires. En effet, il existe des catégories sociales différentes qui investissent le carnaval, l'une plus populaire, par le biais des «Mass », l'autre, plus bourgeoise, par le biais des déguisements et autres travestis cependant la satire sociale est présente dans les deux grands groupes identifiés n'en sont pas moins extrêmement diversifiés à, l'intérieur, ce qui donne la dimension de la richesse de la création qui s'exprime à l'occasion du carnaval. Il existe de multiples influences qui viennent enrichir ce mouvement comme par exemple les ouvriers agricoles en provenance des îles francophones de la Caraïbe dans le développement de certaines bandes de « Mass ». Nous voyons donc très vite cohabiter des groupes à pied et des chars, des groupes nombreux et des individus isolés circulant dans les rues, des représentations sous forme de tableaux et des cavalcades effrénées plus connues sous le nom de « vidé ». Quelques soient les domaines de classification, la charge symbolique est importante : fête de la fécondation, le carnaval reste le lieu de l'inversion des symboles et des rôles, de la représentation mythifiée de soi et de l'ailleurs, le politique s'en mêlant souvent à travers nombre de chants et la création de « bwa-bwa », pantins articulés ou non, représentant un personnage souvent connu. La période carnavalesque voit l'osmose de nombreux secteurs. Il n'est que de se rappeler que pendant très longtemps le « concours de la plus belle biguine » se déroulait juste à l'ouverture de la période carnavalesque, délivrant deux prix, l'un concernant la « biguine classique », l'autre, « la biguine vidé » , les deux ayant vocation à être enregistrés de façon à être, particulièrement pour « la biguine vidé », un des thèmes essentiels du carnaval. Par delà l'aspect visuel, la diversité se manifeste également dans le domaine des musiques. La figure emblématique des « Mass à St Jean » est une des références à laquelle se rattachent ceux qui se réfèrent à la composante « mass » du carnaval.
Si le tambour reste l'élément dominant de cette composante, il n'est ni le même pour tous les groupes, ni joué de la même manière La technologie de l'instrument laisse place, par ailleurs, à une grande variété de méthodes de fabrication. Les techniques de jeu sont, elles aussi, multiples. L'espace d'improvisation et de création est important, entre les gwoka(7), joués à mains nues et les tambours d'aisselles, joués avec des baguettes, des "mass à St. Jean". La seule véritable constante semble être l'usage des peaux de cabris pour la fabrication de ces instruments. Notons également que même dans la formule générique des "mass", on trouve souvent, à côté des tambours des accordéons, des flûtes (symbole des "mass a miwa" de Vieux Fort) et autres conques de lambis. Si l'aspect percussif est dominant, il n'est pas exclusif et il peut même arriver qu'il soit absent de certains groupes.
A l'inverse les soufflants peuvent être dominants dans certaines formes de "déguisements", en particulier lorsqu'il s'agit de représenter autre chose que des tableaux qui eux, nécessitent souvent le silence ou une bande son pré enregistrée. Cependant à ce niveau également la variété est grande. Comment classer, en effet ces chars dans lesquels il y a un orchestre dominé par des soufflants jouant un rôle plus percussif que mélodique, énonçant des gimmicks qui sont scandés par le vidé qui le suit ? Ainsi progressivement, on voit se développer des musiques de carnaval, des musiciens de carnaval, détournements d'instruments, des parodies d'instruments et de musiques. On part du "bruit pour chasser l'âme des morts" pour arriver à la musique, quitte à retourner au bruit. Toutes ces formes, toutes ;es musiques cohabitent mais leurs rapports ne sont pas aussi désordonnés qu'ils en donnent l'air. Il y a occupation particulière de l'espace et du temps. Le carnaval est à la fois un phénomène urbain et un phénomène rural. Phénomène urbain il l'est, dans la mesure où souvent les "mass" descendent en ville pour défiler et recueillir quelques sous par le biais de quêtes, se déplaçant dès la matinée et retournant dans les campagnes à la tombée de la nuit en se démasquant. Phénomène urbain il l'est également car la ville est le lieu d'épanouissement des "déguisements" qui donnent à voir et que l'on va voir Phénomène rural également dans sa forme la plus populaire avec quête sur la voie publique et. association fréquente avec les soirées de tambour sur les marchés et les places,. publiques. Le partage du temps est aussi relativement précis.
Si les Jours Gras représentent le point culminant du carnaval et le moment où les "mass" et les "déguisements" ont le plus de chance de s'interpénétrer en réalité dès le premier dimanche de Janvier les choses démarrent et, jusqu'aux Jours Gras, les "mass" prédominent. En fait tout se passe comme si la période du Carnaval mettait en rapport différents carnavals se répartissant à la fois les grandes formes de représentation, les lieux de représentation et le temps de représentation. Le Carnaval ? Une pièce avec unité de temps mais sans unité d'espace et de lieu, ! Ce Carnaval ainsi décrit est pourtant un carnaval en crise. Les deux formes invoquées sont souvent en conflit, ne parvenant pas toujours à délimiter leur espace réciproque et ayant toutes deux prétention à l'hégémonie. Caractéristique d'un type de fonctionnement est la situation de cette société qui plutôt que de s'accepter dans sa totalité oppose en permanence les divers éléments qui contribuent à faire sa richesse Ainsi naissant les oppositions baroques entre ceux qui se réclament des "mass" plus "populaires" et ceux qui se réclament des "travesties" plus "policés" (plus bourgeois ? …)
